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Madras, l'Inde comme elle vient...
- Arrivée le soir a Don Bosco . Grand bâtiment en ciment, 80 garçons. Dans une salle l'ordi crache une musique aux rythmes saturés, à côté on regarde un film avec un volume tout aussi élevé. Ca résonne. A côté il y a des travaux et les bruits de perceuse recouvrent le tout. On se parle en criant et il fait entre 35 et 40. Je ne sais, de l'étouffement ou de l'oppression, quel est le qualificatif le plus approprié.
- Trajets en Rickshaw dans la ville. Je pensais que Saigon était une marmitte tant la ville vietnamienne bouillonne. A côté de Madras, c'est de la dinette. Que des embouteillages, que du bruit, et toujours cette chaleur encore alourdie par les gaz d' echappement. Ca n' avance pas. Des vaches avec des cornes grandes comme des enfants et des grelots trottinent devant des charettes en bois . Partout, des gens, toujours.
- Se surpendre à scruter la poitrine des mendiants qui dorment sur le trottoir pour vérifier qu'ils sont pas morts.
- "Heureusement que j'etais avec un indien, il m' a negocie la course en Rickshaw a 90 ruppees depuis Central. Alors comme, il a negocie serre, j' ai donne 10 ruppees de plus en pourboire au pauv' driver" -Moi-
- "La course coute 50 ruppees." - Elle-
- La gare : trois bâtiments immenses de l'époque anglaise. Un pour les bureaux, un pour acheter les billets et e denier qui fait gare. Je voulais juste acheter un billet de train. Heureusement j'avais un guide, un jeune qui travaille au bureau central de Don Bosco juste à côté depuis le début de la semaine. Il connait très bien la gare puisqu'il fait aussi partie de l'équipe des "field workers" qui vont rencontrer et souvent récupérer les enfants des rues qui vivotent autour des chemins de fer, première étape pour l'enfant avant un parcours plus ou moins long de réadaptation et de réhabilitation bien rôdé : du retour en famille au placement dans un centre de long séjour en passant par le placement chez un membre plus éloigné de la famille : c'est bien rodé, efficace.
- J'ai rendez-vous au Loyola's College. Pour y aller on prend le subway, un train sans porte, c'est bien plus pratique car on ne risque pas de se coincer les doigts dedans. Le campus fait 44 hectares, imposant, calme : c'est les vacances. Au fond, une eglise neo-gothique. A cote la residence des Jesuites . Je croyais que mon interlocuteur en etait un jusqu'a ce qu'il me parle de sa femme...Un professeur de litterature francaise. Un de ces indiens francophones a l' age de la retraite qui vous parle un francais tres soutenu sans hochements de tete a l'indienne et avec un sourire poli accroche aux levres. "Oui je fais passer des doctorats a quelques etudiants. Ce matin la doctorante travaillait sur "le sentiment religieux chez Christian Bobin". Elle est allee en France etudier aussi, et a demande a le rencontrer mais il n' est pas tres sociable. Moi je prefere Victor Hugo, particulierement la facon dont il decrit les enfants dans ses poemes. Dites-moi, j'aurais besoin d' un professeur de russe et d' un professur de chinois, auriez-vous des candidats qui puissent enseigner le russe et le chinois ?? Non, ce n' est pas grave. Je me contenterai d' un professeur d' allemand. Vous savez, ma famille est convertie au christianisme depuis plus de 500 ans, par Saint Francois-Xavier. Peut-etre irez-vous a Goa ? Allez voir Madame Madapurijaya pres de l'archeveche, elle est tres connue et parle tres bien francais aussi. Moi j' ai appris le francais il ya bien longtemps avec un jesuite francais qui vit ici. Enfin pas ici pour le moment parce-qu'il est tombe trois fois, et a 92 ans, le pauvre homme a du mal se remettre. Tiens, allons le visiter. Ensuite nous irons prendre un petit cafe. Vous avez le temps de diner avec nous ? Non. Tant pis. Restons sur le cafe." Le petit cafe, on le prend a "la chocolaterie francaise " ou on avale l' equivalent du salaire journalier d'un travailleur dans les plantations de the en deux chocolats au citron. "Comme vous dites en francais : Jamais deux sans trois ! Prenez. Non, non, moi je prendrais juste un cafe, le chocolat n'est pas bon pour mon cholesterol. Venez, c' est par la."
- Je n'avais le temps de diner avec le distingue professeur de francais parce-que j'avais un autre rendez-vous, avec une volontaire qui, en manque de nourriture occidentale, m' a donne RDV au Sparkey, un restaurant americain kitchissime pres du Government Museum. Le professeur m' a depose en rickshaw a la porte a 20h precises. Elle est arrivee a 20h45. J'ai eu le temps d'apprecier le decor.
- Au Sparkey, les serveurs indiens avec des hauts de base-balleurs et des baskets sont geres par un fat american dix ans plus jeune qu'eux. Ils distribuent des cocas d'un demi-litre et de la biere sans alcool. Ici, c'est l' Amerique en kitsch. On a l' impression de vivre dans une mauvaise copie de Friends. Pas 30 cm de mur sans decoration : des plaques d'immatriculations et un vieux portrait d'Elvis, une batte de base-ball et une planche de surf, des drapeaux de tous les etats et un flag des Chicago Cups, un hot-dog qui fait coucou et une vieille reclam' pour les Aunt Bea's homemade Pies, une selle Mac Lelan et des statues de joueurs de saxophones noirs, un vieux telephone et un poster de la route 66, un cow-boy en papier mache et des bottes d' Indien (d'Amerique), et j'en passe... Il y a plein d'Indiens gros comme des americains. Il y a des americains aussi et ils sont faciles a reconnaitre. Je me dis qu'il ya peut-etre des indiens d'Inde d'Amerique et je rigole tout seul comme Noel Flantier et ses histoires de cadeau. On finit par manger des hamburgers avec des demi-litre de Pepsi et on est content. L'Inde comme elle vient....
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