dimanche 9 mai 2010

Promenades d'un jeudi en Malaisie

Je m’promène. Je suis en Malaisie. Je suis chargé de mission. Ca veut dire que je vais voir les volontaires MEP, et leurs partenaires aussi. J’aime bien. J’aime bien rencontrer des volontaires, ça permet d’échanger. J’aime bien rencontrer les partenaires, ils me racontent des belles histoires qui naissent souvent de situations semblant bien mal-barrées. J’aime d’autant plus les partenaires quand ils m’emmènent manger dans des restaurants très chers. Les volontaires, eux, ils ont pas beaucoup d’argent, alors on boit de la bière bon marché chez le chinois et on est bien. J’aime bien me retrouver dans des pays que je ne connais pas. La Malaisie, c’est complètement nouveau. Encore une autre Asie…

Ca fait trois jours que je vis chez Xavier qui vit dans un foyer éducatif pour adolescents de 12 à 19 ans à PJ, dans la banlieue de KL. C’est là que j’ai établi mon camp de base. Il faut dire que Xavier est un hôte très attentionné, et qui a la clim’ dans sa chambre. Et puis il est hyper-positif, un volontaire qui chante la vie. Un de ces volontaires qui, quand ils vous disent qu’ils ont arrêté de superviser la construction de sous-marins entre la France et Bombay pour devenir éducateur dans un foyer d’ados, répondre au téléphone et s’occuper du chien, tu préfères pas dire que t’as laché un poste d’infirmier intérimaire. Un volontaire qui vous sort tout naturellement au p’tit dej qu’il a installé une tête de cerf dans le salon de son apartement parisien.

Ouverture de parenthèses.

Des vrais ados dans son foyer : discussion avec le chinois au milieu des indiens.

« Lui là-bas, c’est un négro, il est tout noir (enfait, juste un peu plus que les autres indiens…) il a pas d’éducation, il sait pas lire…

- Et toi t’es bien blanc, presque plus que moi.

- oh toi t’es pas blanc, t’es « pinkish ».

- je suis quoi ??

- t’es pinkish, t’es rosé, comme les cochons quoi…

Fermeture des parenthèses.

Ce matin, Hélène m’a envoyé l’adresse du bureau sur mon portable que le chauffeur de taxi malais entre dans son GPS. Je me laisse promener sur les périphériques. Il y a une belle chanson à la radio. Le genre de chanson douce qui existe dans tous les pays. Alors au rythme ces jolies syllabes, au loin les tours défilent, et plus près la végétation dense, verte, touffue qui s’approprie chaque terrain vague, et, juste devant, les routes qui s’emmêlent et se démêlent comme dans les séries américaines. Je sais pas trop où je suis et j’ suis plutôt content de moi. Rendez-vous à 9h et je suis en retard. Tout le monde prend le café. On parle anglais en roulant les « r » avec un accent chinois et on sympathise poliment. On se cherche des points communs et on s’en trouve.

Hélène travaille à ACTS « a call to serve ». La présidente est chinoise, elle me reçoit, me parle. ACTS : petit groupe d’amis qui a un jour decouvert la réalité des réfugiés en Malaisie grâce à un jésuite thailandais qui travaillait au haut commissariat aux réfugiés. Des réfugiés dans la jungle, la plupart des birmans. Un énorme Sangatte avec les maladies tropicales à la place du froid et de la pluie. Ils ont commencé à y aller tous les dimanches, à 3. Il y aurait 100 000 réfugiés en Malaisie.

5 ans plus tard ACTS a ouvert deux équipes médicale mobiles : une qui va donner des soins de base aux réfugiés dans la jungle, une autre qui va voir ceux qui sont en prison, un centre de consultation à KL, et deux maisons de convalescence à Batu Arang pour réfugiés birmans. Ce soir j’irais là-bas. Une infimière, autre volontaire MEP, Laetitia, y travaille au milieu d’un staff composé pour la plupart…de réfugiés birmans.

Pierre m’a envoyé l’adresse du centre pour autistes sur mon portable que je montre au chauffeur de taxi indien. Il faut aller à la station de métro Masjik Jamek. Dans le centre historique. Il n’y a pas de musique. Dommage. Je regarde par la vitre les gratte-ciel et ça fait mal au cou. Dans le quartier historique, il y a de vieilles maisons aux façades victoriennes désuettes, de grandes mosquées, et la cathédrale aussi. A côté le centre où travaille Pierre. C’est une ancienne église. Dans le couloir d’entrée il y a un vieux bénitier, la nef sert de cours de récréation, l’abside, de cuisine et de bureau. Les branches droite et gauche du transept sont devenues des salles de classe…

Rita a un fils autiste.

Dans les centres gouvernementaux pour enfants handicapés mentaux, on leur fait écouter de la musique et regarder la télé et ça ne convient pas à Rita. Ce n’est pas ce qu’elle veut pour son fils. Alors elle se forme, et en 2001 ouvre avec 3 autres parents d’enfants atteints de troubles autistiques ce centre éducatif. Des classes spécialisées, 5 profs salariés, 4 bénévoles, deux volontaires MEP pour 19 enfants de 6­ à 19 ans. C’est le rapide portrait qu’on peut faire de la structure aujourd’hui. Les media et supports sont variés, les activités aussi, les enfants progressent à leur rythme, les parents se soutiennent entr’eux et s’investissent dans le fonctionnement du centre : cuisine, compta, ménage. Ceux qui ne peuvent pas être physiquement présents aident financièrement. Une initiative qui laisse à réfléchir : comment face à une situation apparemment sans issue, quelques papas et mamans se sont dressés ensemble contre la fatalité, comment ces parent ont créé une nouvelle voie là où la situation semblait bloquée. Aujourd’hui Rita ne peut pas aller déjeuner au resto avec nous, une maman en pleurs. Alors c’est M. Alfred qui nous accompagne.

Et M. Alfred nous ramène dans le quartier aux vieilles maisons. C’est un quartier indien. Il y a de la musique rythmée avec des instruments à cordes, de fortes odeurs d’encens, et des magasins qui vendent des représentations de divinités multicolores. La sainte Vierge est encore plus colorée qu’au Vietnam. M. Alfred est indien. Je voulais des dumplings. On mange du chicken-butter avec des chapatis. Pour une fois on mange dans des plateaux. Il arrive souvent ici qu’on mange avec les doigts sur des feuilles de bananes, et le curry ça tache les mains... Dans le restaurant, les serveurs indiens balancent leur tête de gauche à droite en prenant la commande. Parmis eux deux chinois. Ils dandinnent aussi leur tête en parlant. « ??? »« C’est des népalais. » « Alors si c’est des népalais… » M. Alfred fait la comptabilité. Il a déjà mangé à 11h. Alors il sirote un café blanc.

Rosy est américaine et je comprends rien quand elle parle. C’est qu’elle n’a pas d’accent chinois et ne roule pas ses « r », tout comme les anglais et les australien soit dit-en-passant. Elle s’occupe de la gestion des volontaires étrangers dans une école fondée il ya 5 ans et qui accueille dans 6 étages loués dans deux immeubles différents d’un quartier d’affaires 700 enfants de la maternelle au niveau bac. Un énorme projet éducatif avec des fonds, qui grossit vite et qui pourrait bien accueillir bientôt des volontaires MEP. « We are here to give to each unprivileged child equal opportunities to receive qualities to receive quality education and care » C’est un peu l’idée. Pour nos amis asiatiques : « We ale hele to give to each unplivileged child equal oppoltunities to leceive qualities education and cale. » Undelstood ?

17h51 : Le train qui va à Warang ressemble au métro parisien à 17h51. Je suis dans le wagon de tête parce-que le wagon du milieu est reservé aux femmes. Une bonne occasion de voir de près cette population multiraciale. Trois jeunes chinois se parlent en chinois cette fois-ci, les femmes voilées aux yeux en amandes s’accrochent à la barre centrale (le wagon de tête n’est pas réservé aux hommes), du coté de mon épaule droite, je suppose que c’est un dialecte d’inde, alors là devant, le jeune avec la coiffure à la jackson five, on dirait bien qu’il parle malais aussi, là un gros hindou dort assis, lui, je sais pas trop ce qu’il est, et là-bas j’suis presque sûr, c’est un khmer, si si , il a une vieille chemise rayée multicolore et des tongs.

Attente. Ennui. Je suis à 12000 km chez moi et je joue à snake sur mon portable.

Le soir Aurélie me ramasse à la gare et on s’enfonce dans la campagne. Je n’ose pas écrire « et on s’enfonce dans la jungle » parce-que j’ai peur que vous m’imaginiez un coupe-coupe à la main. Pourtant à droite et à gauche, toujours cette végétation dense, verte, touffue. La jungle quoi. On va à Batu Arang. C’est grand comme Plouha. Mais sans la mer. Et sans église non plus. Il y a bien le dôme bleu de la mosquée qui jouxte le stade. Et des petites routes goudronnées, comme à Plouha, mais qui au lieu de serpenter entre des petites maisons en schiste et en granit et bordées de rodhodendrons, zigzague dans les quartiers chinois, et indiens, avec au bord des autels rouges ornés de dragon et des jardins à entretenus à l’anglaise. Là-bas un temple hindou encore multicolore malgré la tombée de la nuit. Et bien au bout de la route, il y a aussi des volontaires MEP.

Au resto chinois, la vieille patronne se plaint de sa « naughty girl » de serveuse qui lui pique des sous en douce. Et en plus elle ne parle ni anglais, ni chinois : c’est parce qu’elle est étrangère, elle est cambodian….

1 commentaires:

François a dit…

Ah, on retrouve Kevin le blogueur et ça fait plais'.
Bon vent !