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En train et en charette


- Howrah, c'est une ville à la banlieue sud de Calcutta. C'est là-bas qu'est né HSP il y a 30 ans sous la houlette du P. Laborde, le père dont s'est inspiré Dominique Lapierre dans son livre « La cité de la Joie ». C'était d'abord un centre pour accueillir des enfants handicapés (7% de la population d'Inde souffre d'un handicap), et puis, comme toute initiative basée sur la réalité et répondant aux situations de personnes dans le besoin, le projet s'est développé, ici autour de trois axes : la santé, le handicap, l'éducation. Aujourd'hui le staff indien de HSP gère 8 centres (que je visite) , deux écoles et treize dispensaires. A mon arrivée à Howrah il y a une semaine, j'ai été accueilli par une réunion avec tout le conseil de l'association avant que le Père Laborde ne m'entraîne à travers son « slum » pour me montrer quelque dispensaire.
« Tu te rends compte : 400 millions d'indiens sous le seuil de la pauvreté! Et ce slum, tu vois, là, ils ont commencé par remplacer les toits en plastique par des toits en dur, et puis là-bas, tu vois cet immeuble à trois étage...la densité de la population augmente mais la misère reste la même. Ah, regarde les arbres sur les toits! Calcutta, c'est la ville où les arbres poussent sur les toits! Allez, viens... » L'octogénaire tout frêle aux grosse lunettes carrées file dans les ruelles, il faut forcer le pas pour rester à son allure. Il faut aussi garder les yeux grand-ouverts car la rue est petite et les gens partout. Devant leurs petites pièces où ils vivent par familles entières, sur les vélos, les motos, des enfants, des vieilles, des hommes qui vont-et-viennent. Aux quelques pompes à eau, on fait la queue pour se laver et ceux qui profitent de l'eau se lavent par groupe de 4 ou 5 sur place. Un mort passe dans son linceul porté par 6 hommes qui trottinent en braillant pour ouvrir la route. Partout le bruit : la musique toujours, les klaxons sans arrêt, les moteurs, le bruit des hommes, celui des bêtes. On entre dans un vieil immeuble par une cage d'escalier sombre et humide pour arriver dans le petit dispensaire pédiatrique avec ses dix lits d'hospitalisation : TB, infections cutanées avancées, rachitisme, problèmes digestifs aigus. Je pensais être un peu rodé par mon expérience cambodgienne. Pas tant que ça.
De mon côté, j'ai plus concentré mes visites dan du cafés les centres qui accueillent des enfants handicapés et depuis presque dix ans, des volontaires MEP: il y a 4 centres à Howrah et 4 dans à Jalpaiguri, ville à 600 km au nord de Calcutta. Pour y aller, on prend le train, le Darjeeling mail, pour un voyage d'une nuit.
- Il est une habitude indienne qui n'est pas difficile à prendre : le thé au lait. Très sucré, doux-amer. Il ponctue la journée des indiens par petites tasses à la maison ou par grands verres dans la rue. Impossible de regarder la rue sans voir quelqu'un un verre à la main, impossible de faire 100 m sans tomber sur un vendeur. A se sevrer du nescafé...

- Paragraphe cliché : visite chez Mère Térésa, à la cité de la Joie, "ah la la Calcutta quelle misère sur les trottoirs." Je pouvais pas faire plus court.

- Il y a eu une Puja en bas de la maison où je logeais. Un fête religieuse quoi. Comme je comprends toujours pas grand chose à l'hindouisme, je n'en ai retenu que les 24 h du haut-parleur sur le toit de la maison voisine orienté vers la porte de ma chambre à ne pas réussir à se concentrer sur deux lignes de son livre.

- 3h3o pour acheter un billet de train. En deux fois.


- Voyage en train, un peu d'Inde depuis la fenêtre de ma couchette . Misère du petit peuple des gares la nuit, pluie au lever du soleil (5h00) sur les rizières. Il n' y a pas de vitre aux fenêtres et il pleut sur ma couchette. On dort par intermittence bercé par les secousses et le bruit des rails ; réveillé par les « chae-coffee-chae_coffee-chae-coffe » des vendeurs ambulants qui font des aller-retours dans le long train comme trois TGV la grosse théière d'eau lactée bouillante à la main, par le bruit des pièces qui sautent dans la main des mendiants qui traversent un ou deux wagons selon le temps d'arrêt en gare, et parfois par des « clap-clap » d'origine indéterminée. Et justement, un « clap-clap » s'arrête à ma hauteur. C'est un eunuque. Moi je savais pas, je l'ai pris une drag-queen vendeuse de massage ambulante, alors j'ai ronchonné un non-non-non en tournant la tête. C'est qu'ils insistent en plus : ils t'appellent et te tapent sur l'épaule...pour te bénir en échange de quelques ruppees. Une Didi d'HSP m'expliquait par la suite qu'il arrive que les eunuques soulèvent leur sari au nez des malotrus en guise de punition...
Sur le quai de la gare de Jalpaiguri depuis quelques minutes, un grand flic indien me dégage pour laisser place au convoi pédestre d'un prince du Bouthan qui arrive juste derrière. Il est facile à reconnaître avec son grand manteau rouge et son drôle de chapeau.

- Trois jeunes accroupis au bord d'une petite route aux alentours de Jalpaiguri se marrent : y a un blanc avec sa valise de citadin à roulettes qui voyage sur une vieille charrette de bois et de fer tirée par un cycliste tout aussi vieux. Ca doit être drôle, oui. Les rizières presque mures défilent doucement, la charrette tangue au gré des nids de poule, le ciel est lourd et il pleut un peu, par grosses gouttes.
La charrette s'arrête. Une tante toute maigre monte et s'installe juste en face de moi. Un peu plus loin, deux vieilles les dents rougies par le bétel qu'elles machouillent s'installent « à l'arrière du véhicule ». les rizières défilent plus lentement, la charrette cahote plus lourdement, et il pleut toujours, un peu plus maintenant.
Une des vieilles sort de sous son sari un grand parapluie noir qui nous abrite tous les quatre.
« Mission ?» me demande la tante. J'acquiesce. Silence. Je luis sort mes 4 mots de Bengali : «Mon nom est Kevin, je bois du thé au lait ». Yeux ronds et sourires.
« - Qu'est-ce-qu'il dit? »
« -il dit qu'il boit du thé au lait. » On s'marre tranquillement sur notre décapotable aux roues de bois sous la pluie désormais devenue averse.
Puis les vieilles partent avec le toit, et la tante aussi. J'arrive devant le portail du centre Morandighi d'HSP 10 minutes plus tard et je suis tout mouillé.
- Des handicapés qui dansent, des enfants qui chantent, des "didis" qui font des discours, des fleurs, un point sur le front, encores des fleurs, un repas à 7 plats, un porte stylo et moi assis sur le fauteuil d'honneur : une chaise en plastique recouvert d'un tissus synthétique rose...c'est l'accueil reçu à Morandighi. C'est gratuit, c'est cadeau...


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