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Vous reprendrez bien une tasse de the?
Une semaine dans les montagnes entre Drajeeling et Kalimpong, coincees entre Nepal et Bouthan. Une semaine marquee par les routes sinueuses, les revendications independantistes de la region et les drapeaux multicolores. Une semaine qui m' aura amene a darjeeling rencontrer des partenaires, dans le village plus recule de Pedong a la rencontres de deux volontaires qui n' ont pas leur langue dans leur poche, et a Kalimpong, petite soeur de Darjeeling. Une semaine dense...je me concentre sur Darjeeling pour cette fois.
- Pour aller a Darjeeling depuis Siliguri dans la plaine, il faut prendre une jeep. On s' entasse a 10 et quand elle est pleine, on part. 70 km, deux heures et demie. C' est que la route est petite et sinueuse, qu' il faut la partager avec les jeeps, les bus, les camions, les pietons et le train dont le petit chemin de fer grignotte jusqu' a un tiers de la route. Comme on est vite dans les nuages, la visibilite se reduit vite a trente metres. Les jeeps qui montent ont heureusement des phares, celles qui descendent, non : elles descendent en roue libre.
- Alors au cas ou on n'aie pas compris, des indications ponctuent la route : "The traffic rules are a paradox : keep the left, you'll always right", "drive slowly" et ma preferee pour le fin : "reach home in peace, not in pieces." Pour se rassurer, on peut toujours fixer son regard sur les formules religieuses de toutes confessions sur les pare-brise, ca evite d' imaginer le vide que cachent les nuages.

- Pause mi-parcours : " Vous prendrez bien une tasse de the?". La baraque est posee a droite de la route, au dessus de la pente, il fait froid et par la fenetre sans vitre, on peut s'imaginer qu' on voit tres loin quand il fait beau. "Je m'appelle Kevin , je bois du the au lait." . La tante reste impassible : ici on parle pas le bengali, on parle le nepali.
- C' est qu' on a quitte l' Inde brune pour entrer dans une province majoritairement peuplee de nepalis, bouddhistes. Et sur les toits des maisons, les drapeaux de prieres tout en hauteur, des bleus, des jaunes, des rouges, des blancs ; et dans tous les villages, entre les arbres et entre les ponts, des petits oriflammes des memes couleurs.
- Et partout des graffitis a la gloire du "Gorkhaland", nom que les independantistes de plus en plus virulents voudraient donner a leur etat une fois ne.
- Gorkhaland, sur les autocollants des voitures, ca fait "GRD." ...

- J' ai rendez-vous avec l' eveque. Il m' avait prevenu : "Peut etre serez-vous genes par quelques troubles politiques". Mais la greve, c'etait hier. Alors on arrive comme prevu a Darjeeling, ville toute en niveaux, toute en hauteur, perchee a environ 2000m . Y a des rues et des escaliers dans tous les sens et des gens de toutes les couleurs. C' est fouillis et j' aime bien ca.


- Dans les rues des nepalis, des musulmans, des indiens, des coolies qui livrent des bonbonnes de gaz par deux, des trekkeurs occidentaux avec des cheveux longs et le nez brule, des bonzes de 10 ans et des ecoliers en uniforme anglais.


- L'arrivee chez l' eveque nous fait entrer dans une autre Darjeeling, celle baignee de traditions anglo-saxonnes, celle des batiments XIXe et du tea-time. Sa maison est une grosse batisse en pierres avec un grand escalier de bois et des portes en ogive, du mobilier de l'epoque de la maison et de la moquette rouge au sol. Des vieilles gravures religieuses comme je n' en ai plus vu depuis une halte dans une famille catholique espagnole pres de Pampelune et d'anciennes bibliotheques pleines de breviaires en latin qui ne servent plus depuis longtemps. Dans la chambre, des murs de deux metres cinquante et un matelas tres mou. Ca sent la cire de bois, la naphtaline et le moisi. Je me suis bizarrement mis a parler anglais avec un accent tres british.
- Dans le refectoire, il y a du the Lipton en sachet.


- L' eveque s'appelle Stephen Lepcha. C'est un peu comme si un eveque vietnamien s'appelait Joseph Nguyen.
- Darjeeling aurait une reputation d' Excellence ce qui concerne l' education. C' est vrai qu' on voit partout ces ecoliers en uniformes. J' ai eu l'occasion d'aller renconter le directeur d'un de ces etablissements, un jesuite. Un enorme etablissement qui surplombe la vallee : une ecole de garcons, 1200 en fait, dont 500 internes. En fait, c'est un peu comme Poudlard. Il y a aussi des maisons, des prefets, des chambres de 150 lits faits au carre, des salles de bain de 80 lavabos mais pas de magie. On est entre dans une salle de classe et les 50 eleves se sont leves en recitant robotiquement : good-morning-father-and-guest.

- "Vous prendrez bien une tasse de the?" Le pretre en soutane blanche a l'accent etonnemment british. D'autant plus etonnant qu'il est bouthanais... le premier chretien du Bouthan en fait. " J'aurais bien plus gagne a etre un moine bouddhiste venere par la population, mais je suis trop "lasy" pour mediter pendant des heures et des heures. Je suis peut-etre aujourd'hui un moins-que-rien pour mes pairs, mais je vis deja de Dieu, et sans rien faire...."


- Il y a un camp de refugies tibetains au nord de la ville. La jeep s'arrete au petit matin au pied d'un vieil escalier de pierres qui monte en se perdant dans le brouillard. "c'est par la" qu'il m'a dit le chauffeur. Un complexe de batiments entoures de barbeles avec ecrit "welcome" en grosses lettres blanches sur la porte. 650 tibetains vivent la. Il ya des batiments en ciments avec toujours ces drapeaux, des autocollants "free-Tibet", et des photos du Dalai-Lama et du jeune Panchen-Lama, disparu (en chinois, on dit "mis en securite sur la demande de ses parents"). Par-ci-par-la, des photos des repressions des manifestations de 2008 avec des photos de cadavres de bonzes castres.

- Le centre trouverait ses ressources dans l'atelier de tissage de laine et de fabrication de tapis vendus a la boutique du centre. C'est vrai, on y vend de beaux tapis epais, des gros pulls qui grattent et de grossieres reproductions d'objets tibetains. Il y a aussi une ecole, une creche et un petit temple. Le guide du routard aime evidemment ca. De mon cote, je peux pas m' empecher de faire des parallelles...

- L'atelier de tissage et de fabrication de laine. Des milliers de pelottes de gros fil aux couleurs dignes d'un "chef-costumes" sur le tournage de 7 ans au Tibet. Plus loin, les femmes s'affairent et tissent. Il y en a une qui se met de la laine non-tissee sur la tete et on se marre.



- C' est une chance pour vous que je n'ai pas eu 15 euros en poche ce matin-la, sinon je me la serais raconte tout l'hivers prochain avec mon gros pull tibetain en laine naturelle qui gratte...

- Pour remonter a Darjeeling, un jeune homme en jogging bleu a trois bandes me fait des demonstration de Taekwendo pendant une demi-heure sur la chaussee mouille avant de m'arreter une jeep, et de m'y trouver une petite place sur un banc de bois pose dans le coffre dont la porte arriere est forme par 4 nepalis accroches a ce qu'ils peuvent.
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